• dominiqueveith

De Carlos Ghosn à la mare aux diables il n'y qu'un pas ... sage ?

Mis à jour : avr. 20


La gravure de Holbein que George Sand présente au début de son roman La Mare au diable publié en 1846

Tout est parti d'échanges endiablés avec un ami autour de la récente et très médiatisée interview de Carlos Ghosn au Liban et de cette phrase, lorsqu'il parle de son successeur : « il semble que toutes les décisions soient prises par consensus. J'ai géré ces entités pendant 17 ans. Je peux vous dire que le consensus ne fonctionne pas. Il faut forcer les gens pour avoir des synergies ».

Sur le moment et à la première lecture de ces phrases, les propos de C. Ghosn peuvent nous choquer voire même nous mettre en colère. Et pourtant, en prenant du recul, il nous apparaît que Carlos Ghosn nous livre, ici, une clé de compréhension capitale de notre société occidentale.


En effet, force est de constater qu'il est difficile de faire cohabiter des structures macro et des modes de gouvernance partagée ou simplement des décisions par consensus. L'effet taille semble bien incompatible avec des modes d'organisation humanistes et potentiellement plus chronophages, car oui, le processus pour recueillir les avis de tous et pour aboutir à une décision recueillant l’adhésion du groupe demande beaucoup d'énergie et de temps.

Hélas, les sociétés doivent répondre en priorité à cette loi dictée par le marché : rechercher toujours plus de performances, parfois même au détriment de la qualité des relations humaines. Cette recherche du “Toujours plus” va jusqu'à s'ériger en culte de la performance (entendre aussi “occultes performances”).

On pourrait d'ailleurs faire une courte parenthèse sur la notion de ressources humaines. C'est bien ainsi qu’on la nomme et lorsque l'on voit les dérives avec lesquelles l'être humain gère celles de la planète qu’il habite (eau, énergie fossile, forêt,…) il n'est pas étonnant non plus qu'il gaspille les ressources humaines avec le même dédain.


En outre, on peut se poser la question de la compatibilité entre une direction compétente humainement – bienveillante, consensuelle - et une grande entreprise qui doit être performante sur des marchés mondialisés. Oui, Carlos Ghosn avec ses méthodes, si brutales soit-elles - a très certainement sauvé Nissan et de nombreux emplois. Mais à quel prix ? Rappelons-nous qu'au XXIe siècle, les guerres sont aussi d'ordre économique et comme toutes les guerres, il y a malheureusement beaucoup de dégâts humains.


Devant ce constat, nous nous sommes interrogés : est-ce bien le monde que le peuple (le demos) voulait créer notamment après de grands mouvements comme la révolution française où l'on attendait sûrement une société plus égalitaire et véritablement démocratique? À l'époque, on se battait déjà contre les Grands mais ces Grands là étaient des rois, des princes, des seigneurs, des nobles … Troquer ces nobles contre des lobbies et des grands groupes industriels, c'est un peu comme choisir entre la peste et le choléra !


Dans nos démocraties occidentales, nous - le peuple - avons tendance à oublier que nous sommes censés être souverains. C'est en effet bien nos choix, dont ceux touchant à notre consommation, qui ont dessiné le monde actuel. Si nous voulons revoir notre copie, modifions nos comportements et notre consommation.


Carlos Ghosn a très certainement raison : les multinationales ne peuvent pas appliquer un management bienveillant, non-violent et participatif. Ce constat nous convient-il?.Si NON, alors “soyons le changement que nous voulons voir dans le monde” comme nous le confiait Gandhi. Si l'on replace le consensus et l'humain au CENTRE, voyons plus petit, moins siloté, moins pressé, plus impliqué, restons humbles et surtout soyons vigilants sur le choix et le mode de recrutement des personnes qui auront entre les mains un certain pouvoir de gouvernance.


Ce fameux POUVOIR, trop souvent responsable de dérives, est comme un précieux outil qui se transforme en arme terrible dans certaines mains. Rappelons cette phrase entendue dans le film Spiderman : “Un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités”. On pourrait ajouter “Pouvoir sans Altruisme n'est que ruine du Collectif”.

Nous avons tous en tête des exemples flagrants de supérieurs qui mal usent de leur pouvoir hiérarchique. Il apparaît, hélas, que l'on n'apprend pas ou mal à l'humain à gérer le pouvoir comme on peut lui apprendre dès l'enfance à gérer ses résultats scolaires et sportifs, ses amitiés, ses jouets, etc.

Donner du pouvoir à une personne qui n'a pas les ressources pour l'utiliser de façon idoine, c'est comme donner un véritable revolver à un enfant qui croit jouer au cow-boy.

C'est ainsi que l'on rencontre des dérives dans l'exercice du pouvoir qui sont de véritables freins dans le monde de l'entreprise, dans les organisations syndicales, dans la sphère politique ou encore dans le milieu associatif. Dans de nombreux cas, prendre des décisions et agir au profit du collectif est sacrifié sur l'autel de la valorisation personnelle et de la recherche d'une puissance toujours plus importante.

Sur le chemin initiatique de l'humain, dès son jeune âge, il serait salutaire qu’il apprenne - entre autre – à dépasser les Sirènes du Pouvoir car, comme nous le rappelle Denis Marquet dans son livre “Aimer à l’infini”, lorsque l’on a du pouvoir sur les autres cela multiplie notre impression de puissance, puisqu’à notre propre capacité d'agir dans et sur le monde on ajoute les actions d'autres êtres humains qui agissent sous notre direction et dans la direction que l'on a choisie : “plus mon pouvoir s'étend sur un grand nombre d'individus, plus s'accroît ma puissance”.

L'Alchimie nous donne quelques clés à ce sujet, car en langue des oiseaux, nous entendrons les “6 reines” du Pouvoir en référence aux filles de Poséidon. Si on garde notre gouvernail bien au centre et que l'on dépasse les promesses charmantes et envoûtantes que le Pouvoir chante à l'oreille de notre égo, alors on atteindra la septième reine, la fameuse petite reine bien cachée, que l'on traduira en langage alchimique en “rainette” (petite reine verte, le vert étant la couleur des choses cachées, des mystères). Et que se passe-t-il lorsque l'on embrasse une reinette? Elle se transforme en princesse ou prince charmant et l’on devient le roi de son propre océan. On est donc tenu de régner dessus, ce qui, symboliquement, signifie régner sur notre monde émotionnel, car l’eau représente l’émotion. Ne dit-on pas que l'on a la tête sous l'eau ou que l'on est submergé par nos émotions?

En humble et sage grenouille que nous sommes, contentons-nous déjà de régner en harmonie sur notre petite mare riche en biodiversité. Encore faut-il s'assurer que cette mare ne soit pas la mare aux diables...


Conclusion, mieux vaut gouverner petit et humblement!

On vous laisse réfléchir à ce concept...

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