• Julia Le Garlantezec

Freelance et mauvaise foi

Mis à jour : mars 9


Travailler ? Non, je ne sais plus vraiment ce que c’est. Quand j’ai envie de faire quelque chose, je le fais. Quand je n’en ai pas envie, je ne le fais pas.


Je suis auto-entrepreneuse, ou freelance, et je sais bien que LinkedIn est rempli de jeunes travailleurs aussi enthousiastes que moi. “Je ne compte pas mes heures et c’est génial”, “J’ai quinze clients satisfaits et je n’ai jamais l’impression de travailler !” En réalité, ce format de travail à la carte a de réels avantages pour des profils comme le mien. Ma génération, qui sort d’études longues et qui travaille depuis quelques années ou s’apprête à rejoindre le marché du travail, s’attend à ce que ses missions lui soient proposées dans le format qu’elle a eu le temps d’expérimenter et de faire sien au cours de ces trois à cinq, voire huit années d’études : des projets qui s’étendent sur six mois à un an, au cours desquels ils organisent leur travail comme ils l’entendent, en solo et en menant de front plusieurs autres activités parfois très éloignées de leurs domaines d’apprentissage. Il apparaît que certains de ces étudiants sont ensuite absorbés sans heurt par le monde du travail, et arborent bientôt un CDI dans une entreprise où ils travaillent avec bonheur sur des plages horaires définies par leur employeur, pour atteindre des objectifs choisis par autre que soi. D’autres, comme moi, n’arrivent pas à faire cette transition et on observe un nombre croissant de jeunes entrepreneurs, auto (freelances) ou non (chefs d’entreprise) qui décident de choisir leurs missions, leurs objectifs et leurs méthodes de travail.


Dans mon travail, j’ai la chance d’avoir des intuitions qui m’arrangent, ou alors une mauvaise foi suffisamment exacerbée pour me persuader que ce qui me motive, à titre personnel, correspond exactement aux besoins de mes clients. Ils me confient une mission ou des objectifs à atteindre ; je trouve des moyens d’y parvenir et, par un heureux hasard, je suis toujours enthousiasmée par les tâches que j’estime être les plus adaptées pour relever leurs défis.


Il arrive que je ne voie plus d’intérêt à poursuivre une tâche que j’ai autrefois estimée capitale pour le bon déroulement de ma stratégie. Il est légitime de se demander si je l’abandonne par désintérêt personnel ou si les développements du projet nécessitent vraiment de rebondir. En fait, je me demande toujours si je suis en train d’arnaquer mes clients pour faire uniquement ce qui me plait à l’instant T, ou si, comme dans un monde idéal, il me suffit de mettre le doigt sur la bonne solution pour m’y mettre avec plaisir.


Je n’ai pas de réponse à cette question. Je pense que l’essence du conseil réside dans cette ambivalence : le cocktail des compétences et des intuitions du freelance est choisi par une entreprise qui considère que ces ingrédients font partie de la recette de son succès. Proposer ses intuitions comme sources d’une expertise professionnelle est peut-être le plus difficile en début de carrière d’auto-entrepreneur, mais c’est aussi le meilleur moyen de mettre du sens dans nos missions ! Alors, freelances, continuons de faire ce qui nous plaît.

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