• Jean-Baptiste S.

Quand l'entreprise cherche à nous connaître mieux que nous-mêmes

Mis à jour : mars 25


Graphologie, test de personnalité, morphopsychologie, décodage de l'élocution, quotient émotionnel, etc. Un recrutement efficace peut-il justifier une telle intrusion dans l'intimité de la personne recrutée ?

Quand des outils de développement personnel et de connaissance de soi sont dévoyés à des fins de sélection au lieu de servir une orientation professionnelle et personnelle épanouissante et adaptée, cela peut donne matière à réflexion...

Aujourd'hui, entre les connaissances ancestrales, voire ésotériques - comme l'astrologie, la numérologie, la langue des oiseaux, ou encore les tempéraments d’Hippocrate - et les avancées dans des domaines comme la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences, il est possible de connaître l'autre mieux que lui-même ne se connaît.

Si ce dernier est à l'origine de cette quête de connaissance et qu'elle vient éclairer son chemin personnel et professionnel (et uniquement le sien – secret professionnel), alors « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » (Candide de Voltaire ). Le tableau se noircit lorsque cette démarche pour une meilleure et profonde connaissance de soi est engagée par une entreprise ou un cabinet de recrutement. En effet, l'épanouissement personnel est délaissé au profit d'une stratégie guerrière, comme en témoignent les termes "chasseur de tête" ou le verbe "recruter" signifiant originellement "lever des gens de guerre". Cela ne serait-il pas révélateur d'une dynamique faisant passer le salarié d'une connaissance de soi à une potentielle guerre contre soi ?

Quelle pression lors du processus de recrutement! Pour être « recrutable », on enchaîne des stages pour booster son potentiel, pour affronter ses peurs, se faire violence, devenir celui que l'on n'est pas mais que l'autre veut recruter, on se met en scène et parfois même en danger. On apprend à maîtriser (et taire) ses émotions, à parler autrement, à s'affirmer et à dominer, à rentrer dans un costume trop large ou trop étriqué, souvent inadapté. On peut devenir un imposteur, vis à vis de soi et du futur employeur et on peut s’y perdre. Changer pour l'autre n'a jamais mené au bonheur ! Cela vaut aussi bien pour sa vie personnelle que professionnelle.

On ne se présente plus à un poste et à une entreprise, on se fait évaluer pour un poste et par une entreprise. Le constat est terrible : nous sommes constamment et violemment évalués depuis notre plus tendre enfance (comparaisons, notes, valorisations, récompenses et humiliations, concours, etc.).

Il n’est pas étonnant que les syndromes d'épuisement, de manque de légitimité et les burn out se multiplient, ainsi que les crises de la quarantaine et les virages professionnels à la cinquantaine.

Pourtant, le besoin initial pour la personne et la société est le même : fonctionner en harmonie et créer une synergie.

La solution n'est pas de multiplier sans éthique les méthodes infaillibles à un bon recrutement. Rappelons cette citation de Rabelais dans Pantagruel qui doit être comme une bougie sur le chemin de notre évolution : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».

Comment bien utiliser tous ces outils de connaissance de soi ? Comment peuvent-ils servir le recrutement tout en respectant l'intimité et l'intégrité de la personne ?

Nous pourrions faire comme d’habitude : mettre des limites, un cadre, des lois et des sanctions. Nous pourrions aussi prendre du recul et voir ces questionnements comme l’expression d’un symptôme d’une société dans laquelle trop de personnes sont désorientées.

En effet, pour retrouver une harmonie, il ne suffit pas d'adapter quelques morceaux du système. Cela nécessite de le repenser dans son ensemble selon les lois du vivant et lui donner le temps de trouver ensuite son équilibre, comme nous l'enseigne la permaculture (voir le film “Tout est possible”).

Si, depuis sa naissance, nous accompagnons l'humain -considéré comme un être à part entière et non pas comme un sous-humain tant qu'il est mineur – dans un cheminement de connaissance de soi, d'amour de soi, de connaissance du Vivant et de ses lois, de confiance, de véritable égalité et d'abondance, il y a peu de chance pour qu'une personne se présente à un poste qui n'est pas adapté pour elle dans un domaine qui ne la passionne pas. Dans un tel contexte, les modes de recrutement seraient bien différents et une part plus importante serait donnée aux ressentis des recruteurs qui perdrait moins d’énergie à vérifier s'il y a tromperie sur le profil.

Mais dès aujourd’hui je nous invite à prendre nos responsabilités en tant qu'individu libre de postuler : le poste est-il adapté à mes compétences, à mes aspirations et à mes besoins ? Mes motivations pour postuler sont-elles saines ?

Croulant sous les candidatures pour certains types de postes, les entreprises sont, en effet, obligées de trouver des stratégies de recrutement complexes. Toutefois, la fin ne justifie pas les moyens…

J’aime à penser que “nous sommes le changement" et ce changement est nécessaire face à tous les dérèglements et les dérives que l’on subit actuellement. Comme Albert Einstein le disait : « On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème ». La technologie évolue à pas de géant dans tous les domaines, bien plus rapidement que l’évolution de la conscience humaine. Elle est pourtant celle qui tient le gouvernail…

Continuons sérieusement notre chemin vers “soi-m’aime”, il est d’une richesse inestimable comme nous le promet cette inscription sur le seuil du temple de Delphes, attribuée à Socrate : “Connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux”.

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