• dominiqueveith

Si l'on appliquait le principe d'UBUNTU dans les entreprises ?

Mis à jour : févr. 12


Avec Ubuntu, les Xhosa – peuple d'Afrique du Sud dont Nelson Mandela, entre autres, est issu – pourrait bien être une source d'inspiration salvatrice concernant la place des Seniors dans l'entreprise. Rappelons cette anecdote d'un anthropologue qui, alors qu'il devait occuper des enfants d'une tribu africaine, leur proposa une course. Il y avait, en récompense, un panier rempli de fruits pour le gagnant de l'épreuve. Le départ fut donné et, à la grande surprise de l'anthropologue, les enfants s'élancèrent à toutes jambes mais ... ENSEMBLE, se tenant par la main afin de s'assurer de franchir la ligne d'arrivée unis. Face à l'étonnement de leur encadrant, les enfants donnèrent comme explication : « Ubuntu, je ne peux pas être heureux si tous les autres sont tristes ». Ubuntu signifie, dans la culture Xhosa, « Je suis parce que Nous sommes » et, par extension, « Nous sommes parce que Je suis ».


Si l’on prend du recul sur le remplacement des seniors dans l'entreprise par de jeunes recrues, l’on peut aisément s'apercevoir que le procédé est, en lui-même, malsain. En effet, prendre un poste qui implique le départ – souvent forcé – d'un senior, dans un contexte de concurrence, n'est pas une garantie d'harmonie et de bien-être. N'oublions pas que nous serons nécessairement un jour le senior d'un autre [1] . L’on marche même sur le fil de la perversité. Observée à la loupe de la philosophie Xhosa, cette situation reviendrait à poser la question suivante : comment puis-je être heureux de prendre ce poste si cela crée l'humiliation et le licenciement de mon prédécesseur ? Il faudrait donc préférer le scénario de cette course et permettre à la jeune recrue de faire un bout de chemin main dans la main avec le senior. D'autre part, en perdant injustement un senior, on dénature le NOUS [2] de l'entreprise, car elle est ce que nous sommes - NOUS étant bien l'ensemble des salariés quel que soit leur âge.


Parlons, maintenant, de la transmission au sein de l'entreprise. En extrapolant la logique des cycles de 7 ans [3] à l’entreprise, il nous est possible de parler de cycles non plus d’évolution mais de transmission. Ainsi, l’entreprise pourrait anticiper et organiser un transfert progressif des compétences et connaissances du senior - entré dans le cycle 49-56 ans – vers le nouvel entrant ou le futur remplaçant. Un tel dispositif pourrait même s’accompagner d’un aménagement graduel du poste du senior qui poursuivrait alors, en douceur et par étape, sa transition aussi bien en termes de temps de travail, de liens hiérarchiques allégés, de salaire adapté, et ce, jusqu’à l’obtention du statut de retraité.


C'est une erreur de penser que l'on peut remplacer un savoir-faire et une expertise bonifiés durant de nombreuses années par une matière grise plus « up-datée » et productive (pour ne pas dire rentable). Ce serait même ignorer la richesse de l'expérience et de l'intuition. Cette intuition, on en parle peu dans l'entreprise et pourtant les anecdotes ne manquent pas : ces seniors qui évitent et/ou solutionnent bien des problèmes à la force d’une intime conviction forgée par l’expérience (e.g. l’identification inexplicable de ce « truc » qui a permis de réparer la machine). L'intuition est bien mystérieuse mais l’on sait, grâce aux neurosciences, qu'elle s'appuie notamment sur une répétition de situations ainsi qu’un stock d'informations - la communication intuitive s'affinant en fonction du contexte et du temps. Bien entendu, cela ne se transmet pas en 6 mois ! Beaucoup d'entreprises ont déjà souffert du départ massif de compétences à la suite, par exemple, de plans sociaux générant alors, par là même, la perte de nouveaux marchés. Un senior qui part est une mine de connaissances que l'on abandonne ! La plupart du temps, ce dernier se réorientera sur un chemin de vie souvent bien différent du précédent et répondant mieux à ses nouveaux besoins (indépendance, nouvelles valeurs, nouveaux défis).


L'alchimie nous explique également qu'un apprenti qui chemine auprès d'un initié, aussi compétent soit-il, n'atteindra pas la quintessence dans sa quête s'il n'expérimente pas par lui-même. Il ne suffit pas d'accumuler des connaissances et lire des livres : l'expérience concrète reste incontournable ! C'est un impératif qu’il nous faut conserver à l'esprit pour faire face à un monde pris au piège du « toujours plus » et transgressant à chaque instant certaines lois essentielles régissant – au-delà de la morale – certains principes de l'Univers (Unis-Vers) lui-même. Pourquoi l'entreprise, que l'on nomme également la société, échapperait-elle aux lois qui président les interactions – notamment l’interdépendance et la collaboration - du plus petit des écosystèmes ? La concurrence extrême -générant des réactions de survie - dont les seniors payent un lourd tribut devrait pouvoir s’équilibrer au bénéfice d’une juste collaboration. Après tout, le zèbre ne boit-il pas, la plupart du temps, paisiblement aux côtés des lionnes ? Hélas, ce n'est pas encore ce que l'on observe dans l'entreprise occidentale.


Osons espérer voir le principe « d'Ubuntu » infuser dans nos sociétés pour tendre vers un système plus harmonieux. Nous sommes de plus en plus nombreux à constater que le modèle qui prédomine actuellement n'est pas source de bien-être et d'épanouissement.


Sources :

[1] Rappelons cette sagesse populaire : « ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais que l'on te fasse »

[2] En référence à la phrase « Je suis ce que Nous sommes et Nous sommes parce que Je suis »

[3] Voir article précédent « La considération des seniors dans la société occidentale : stigmate d'un malaise plus global »

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